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PHOTO DU JOUR
Le commandant Charcot en 1908 © Maurice-Louis Branger - Roger-Viollet
Le commandant Charcot en 1908 © Maurice-Louis Branger - Roger-Viollet

Cédric Delsaux nous présente son nouveau livre, Zone de repli, fruit d’une nouvelle collaboration avec les éditions Xavier Barral. Il a passé trois années à revisiter un fait divers devenu célèbre : celui de Jean-Claude Romand, ce faux médecin, faux chercheur qui a menti pendant 18 ans à tout son entourage pour ne pas leur révéler qu’il n’était rien de tout cela et qui a fini par tuer toute sa famille. Découvrons donc ce bel et mystérieux objet qui réussit à imprimer sur (très beau) papier la dérive vertigineuse de cet homme.

Avant même d’ouvrir le livre, on est frappé par sa couverture, cette typographie énorme qui nous saute à la figure et ce visage dissimulé derrière. C’est très troublant. Comment est-elle née ?

Cédric Delsaux : Avec Xavier Barral, nous avons beaucoup réfléchi à cette couverture. Il y avait pas mal d’options possibles, jaquette américaine, papier calque, toile imprimée, etc. Finalement, le choix définitif ne s’est fait qu’au dernier moment, à l’imprimerie en Allemagne, un quart d’heure avant le départ de mon train… que j’ai d’ailleurs loupé !
Nous voulions une couverture qui symbolisait toute cette histoire et le parti-pris que j’avais adopté. Je tenais à utiliser une image “sans art” récupérée sur Internet : l’image qui vient immédiatement quand on tape le nom de J.-C. Romand sur un moteur de recherche, mais passée en noir et blanc et agrandie 30 fois, pour la rendre plus énigmatique. Ensuite il fallait évoquer le rapport à la médiatisation extrême de ce fait divers, qui fait que vingt ans plus tard, la plupart des gens s’en souviennent encore. Xavier a alors eu l’idée de cette typo qui vient masquer ce visage en explosant au nôtre… Et puis cette taille de caractères nous ramène à l’univers de la presse et de ses gros titres, qui sont là pour choquer et happer le lecteur ; sauf que d’habitude on y lit des mots comme Le Monstre, Crime affreux, l’Horreur absolue, etc., alors que là, Zone de repli appartient à un champs lexical apparemment plus calme, plus en retrait. Cela crée, à mon sens, une tension spéciale, un trouble attirant.

Oui, il y a quelque chose de paradoxal à “crier” ainsi Zone de repli… 

Absolument, et cela permet immédiatement de toucher à l’essentiel : mettre en plein jour ce qui avait vocation à rester dans l’ombre, dans le non-dit. Le petit tas de secret de Romand, c’est-à-dire son mensonge, est devenu un sujet public. On en fait des films, des livres, des émissions de télé, de radio, des œuvres d’art, ça n’en finit pas. D’une certaine manière, pour lui, même démasqué, le cauchemar continue.

Est-ce pour la même raison que vous avez choisi cette taille de livre relativement imposante ?

C’est sûr qu’avec un tel sujet, on pourrait d’abord penser à une taille plus petite, on imagine un objet plus intimiste, mais non, là encore, en choisissant cette taille, je voulais que le paradoxe éclate au grand jour et indique un sens général. Un sens qui aboutit logiquement à ma conclusion, « d’immense grotte à ciel ouvert », où chacun viendrait y déverser ses propres angoisses, ses propres déchets… Il s’agit donc d’une chose très intime, mais qui touche tout le monde et prend en fait énormément de place… le livre ne devait donc pas se “cacher”…

Le livre, justement, s’ouvre sur une célèbre citation de Pessoa (sous hétéronyme), qui donne immédiatement la tonalité du livre. A quel moment est-elle venue dans l’élaboration du livre ?

Bien avant la conception du livre, avant même l’idée de la série… Cette phrase, je la porte depuis des années ; depuis des années, je cherche à mettre des images dessus. C’est pour cela que je l’ai mise en préambule, sans titre avant, rien, juste cette phrase comme le départ de tout : « Je ne suis rien, je ne serai jamais rien, …, à part ça, je porte en moi tous les rêves du monde. » Ça me transporte… Elle contient tout de mon rapport au monde… Vous remarquerez que je l’ai mise en regard d’une autre, vers la fin du livre, celle d’Emmanuel Carrère tirée de son livre l’Adversaire, livre sans lequel je n’aurai probablement pas pensé à cette série. La première se termine par « tous les rêves du monde ; » et la dernière par « sa seule réalité ». Et bien tout le corps de mes images est contenu entre ces deux citations, entre ces deux pôles qui s’attirent et se rejettent comme deux puissants aimants. D’une certaine manière, tout mon travail, celui-là, les précédents et les suivants est, a été, sera tiraillé par cette dualité. C’est exactement la même dualité qu’il y a entre la fiction et la réalité. C’est donc pour moi une autre manière de dire toujours la même chose…

Quand même, on est frappé par la différence avec votre livre précédent, Dark Lens, qui revisitait la saga Star Wars à l’aune de notre réalité terrestre. On est loin d’Hollywood, cette fois !

Oui à première vue, on peut y voir un grand écart… Pourtant, c’est le même type qui a conçu les deux avec les mêmes obsessions… Il y a une position commune, “ça”parle du même endroit, même si graphiquement cela semble opposé. Il y a une cassure, fondamentale, avec le réel et, du coup, avec la conception habituelle de la photographie. J’ai, bien sûr, conscience que ce livre ne parlera pas en priorité à ceux qui avaient aimé Dark Lens et inversement… Peut-être n’est-ce pas les mêmes pôles de mon cerveau qui ont travaillé… (rires). Tant mieux, d’ailleurs, ma crainte c’est la répétition, le ressassement laborieux. Ici, pour autant, j’ai l’impression d’être allé plus loin, d’avoir progressé, d’avoir pris un peu plus de risques.

C’est-à-dire ?

Il y a un texte de Michel Leiris qui énonce clairement ces risques quand il fait un parallèle entre le torero et l’écrivain, au détriment de l’artiste, qui ne risque pas grand chose lui… L’échec ? La désapprobation ? Un procès ? Rien à côté d’une corne de taureau… Le minimum, c’est donc de risquer le ratage, et au-delà, de brouiller ses repères, de perdre pied, de s’enfoncer sans certitude dans une zone marécageuse…

Une Zone de repli ?

Oui, c’est l’idée… Je suis allé, par bravade, dans un territoire qui ne m’attirait pas, soulever des questions nauséabondes, avec un dispositif minimal : rouler, juste rouler ; histoire de voir si je pouvais en tirer quelque chose… Voir si je n’allais pas me noyer. Il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour comprendre : voir si j’étais vraiment photographe… ou artiste… ou quelque chose dans ce goût là.

Vous voulez dire que dans ces images, vous n’avez pas cherché à vous mettre dans la peau de J.-C. Romand mais davantage à décrire votre propre errance ?

Romand est un alibi. Je pars de lui, mais pour aller ailleurs. Je n’ai rien du journaliste qui enquêterait sur le terrain. Je tente de décrire, ou d’imaginer, son état intérieur, mais à travers lui, c’est bien le mien qui est en jeu, et à travers moi, celui du lecteur… Il y a une porosité des moi. Et je trouve la photo très forte pour rendre visible cette porosité.

Pour en revenir au livre, on ressent, malgré la cohérence des enchaînements, une dérive générale, la sensation que l’on ne sait pas où l’on va, si ce n’est vers le pire. Est-ce pensé ainsi ?

Oui, cette forme narrative s’est vite imposée à moi. Une fois sur place, j’ai rapidement compris que je ne devais pas enchaîner de jolis ou sombres panoramas, mais qu’il fallait en passer, au contraire, par des fragments épars qui se répondraient bizarrement. J’imaginais une sorte de labyrinthe exigu dans lequel on ne pourrait que se cogner à toutes les parois. Chaque élément visuel serait un morceau de paroi. Le lecteur devait être pris dans cette vision altérée, partielle, sans horizon stable. Et effectivement, je ne le caresse pas dans le sens du poil… Il faut faire un effort pour rentrer dans ce livre, il faut mobiliser toute son attention.

Pouvez-vous nous dire, concrètement, comment on part de cette idée de labyrinthe et comment on en arrive à ce livre-là, avec cette succession d’images ? Quelle est l’intervention de l’éditeur ? Comment se sont passés vos échanges ?

Je dois dire que j’ai beaucoup de chance de travailler avec Xavier Barral, c’est quelqu’un qui est inspiré, qui sent les livres et qui a un œil. Il a des fulgurances qui me sidèrent. Il fait les livres qu’il aime et il aime vraiment les livres photo. Regardez sa production, ça saute aux yeux. Nous ne tirons pas toujours dans le même sens, mais il y a entre nous, je crois, un respect mutuel qui fait que cela ressemble à une belle partie de ping-pong. On se renvoie la balle en attendant de voir ce que l’autre va en faire. C’est très plaisant. Et cela peut faire de belles parties ! Mais pour être tout à fait juste, je dois aussi dire que j’ai beaucoup travaillé avec Emmanuelle Kouchner, l’éditrice, à la fois en amont du travail avec Xavier et puis ensuite sur la finalisation et sur les textes, qui sont si importants pour moi. C’est un autre rapport avec Emmanuelle, elle me connaît bien. Son regard n’est pas le même, mais il est tout aussi pertinent. Tous les deux m’offrent le recul nécessaire pour que le livre soit le plus abouti possible. En gros, je suis venu avec mon labyrinthe et quelques idées… et je repars avec un beau livre ! On ne peut dire que : merci… (rires).

Dans les remerciements justement, vous placez en tête le photographe Stephane Duroy pour avoir, je cite, « ouvert  la voie »… Mais de quelle voie est-il question ?

Stephane Duroy est devenu un ami au fil du temps, je l’ai rencontré au début de notre expérience collective de France(s) territoire liquide, dont j’aimerais dire un mot ensuite, et nous avons continué à nous voir. Son regard est une lame de rasoir. Il découpe tout… mais jamais pour rien. Cela m’a fait grandir. Mieux, cela m’a libéré. Et puis il a fait, entre autres, Unknown, un livre qui me hante encore où il parle à la fin « d’une lente migration vers l’inconnu ». Et bien cette phrase a eu autant de répercussion sur moi que celle de Pessoa. Je me suis mis en marche moi aussi vers l’inconnu…. C’est un livre gigogne, il contient tout, il suffit de savoir le déplier. Zone de repli a été pensé en partie grâce à Unknown, il voudrait aussi replier le monde à partir de sa seule petite zone…

Et France(s) territoire liquide ?

C’est un projet que nous avons fondé à quatre photographes (avec Jérôme Brézillon, Frédéric Delangle et Patrick Messina) et qui en regroupe maintenant 43. Le livre de la mission vient d’ailleurs de sortir au Seuil dans la collection fiction&co. Nous nous sommes mis au défi de re-photographier la France, 25 ans après la mission Datar, chacun dans son coin et avec son propre dispositif, et nous avons décidé de montrer nos résultats collectivement sous la houlette d’un directeur artistique britannique : Paul Wombell. Beaucoup de pratiques photo y sont montrés, beaucoup se complètent, d’autres se contredisent, il sort de ce mélange quelque chose d’assez instable, c’est à dire de profondément vivant ! J’avais en tête depuis longtemps de faire Zone de repli, il me manquait l’implulsion, le déclic, ce fut FTL !

Pour terminer, est-t-il prévu des signatures pour ce livre ?

Oui, à Paris Photo, pour commencer, sur le stand des éditions Barral, le vendredi 14 novembre à 18 h (et signature collective du livre FTL le samedi 15 à 15 h 30 sur le stand de la galerie Le Réverbère). Je vais également faire une lecture du carnet que j’ai écrit pendant ces trois années, accompagné d’une harpiste, le samedi 28 novembre à 15 h au Campredon, Centre d’art de l’Isle-sur-La-Sorgue.

 

 

EXPOSITION
Zone de repli, de Cédric Delsaux

Jusqu’au 7 février 2015
Campredon, Centre d’art
84800 L’Isle-sur-la-Sorgue
www.islesurlasorgue.fr/campredon

LIVRE
Zone de repli, de Cédric Delsaux
Editions Xavier Barral
Relié

235 x 320 mm
116 pages
43 photographies couleur
Livret de 9 photographies de presse n&b
39 €
ISBN : 978-2-36511-058-7
Signature du livre Zone de repli à Paris Photo au stand des Editions Xavier Barral vendredi 14 novembre à 18 h

REPRESENTATION
Florence Moll

http://www.florencemoll.com

CONTRIBUTOR
Severine Morel

severinemorel@me.com
http://blinks.photography

 

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