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PHOTO DU JOUR
Eve Arnold, School for non-violence, Virginia, 1960 © Eve Arnold/Magnum Photos
Eve Arnold, School for non-violence, Virginia, 1960 © Eve Arnold/Magnum Photos

A première vue, l’histoire racontée par les clichés de Marc Lathuillière semble heureuse. Au pont tel que l’on se croirait à s’y méprendre dans un conte pour enfants, où le vivre y est douillet et les individus réjouis. En vacances, à la mer comme dans les terres ou campant fièrement au beau milieu de leur antre professionnel, ces portraits “carte postale” qui apostrophent le regardeur semblent avoir arrêté le temps. Soleil au zénith, ciels azurs, végétation grasse et mer iodée : non, c’est certain, il fait bon vivre dans cette France-là ! Même le masque que leur a demandé de revêtir l’artiste a ce quelque chose d’espiègle et de récréatif. On songe alors à ce jeu de société que l’on affectionnait enfant. Ce drôle de personnage au faciès aussi prodigieux qu’improbable, « qui est-ce ? ». Pourtant, ce fétiche de farces et attrapes s’avère vite être un ver glissé dans le fruit, l’élément nuisible, pernicieux, qui confère à ces portraits nationaux une inquiétante étrangeté, diraient les surréalistes, la marque d’un malaise que pointe Michel Houellebecq, ce « grantécrivain », dans un texte venu préfacer l’ouvrage paru chez La Martinière. Car ce masque, apparemment des plus banals et sans signe distinctif notoire, efface les potentialités expressives de ceux qui se cachent derrière. Il introduit comme un « doute sur leur authenticité », souffle l’auteur de La Carte et le Territoire. Car la France de Marc Lathuillière est à l’image des portraits de Français qu’il rencontre aux quatre coins de l’Hexagone : figée, rigide, dépersonnalisée, saisie dans son jus, oserons-nous. Tout comme le déguisement qu’ils arborent, ces derniers interrogent leur rapport au patrimoine et à ses “lieux de mémoire”. Sorte de Playmobils en puissance que des « saucisses en plastique » viendraient finalement trahir au premier plan, ces Français au visage moulé dans le vinyle font bonne figure. Le masque devient alors point de basculement où l’absurde progresse à l’ombre des soleils couchants et des résidences secondaires.

En 160 clichés sélectionnés ici pour la parution (sur 500 au total), le photographe dresse le portrait d’une nation engluée dans une image d’Épinal qu’elle s’épuise à illustrer. Au travail, en vacances comme au musée, pendant près de dix ans, en jouant à “ressembler à”, les visages pâles de Marc Lathuillière révèlent un tourisme factice qui ne serait plus fait que de savoir-faire et de spécialités locales. Le constat est sans appel, la France s’est muséifiée. C’est que cette exploration des représentations de nos sociétés contemporaines, Marc Lathuillère la mène depuis plusieurs années. Doté d’une approche critique et féconde, c’est en revenant d’un long séjour en Asie que ce dernier décide d’entreprendre son propre tour de France. Nous sentons ici sans peine, le sceau d’un œil qui a baroudé, la bosse roulée d’un journaliste-reporter formé aux sciences politiques et aux voyages, mais également une réflexion ancrée dans ce que l’on a nommé la grande tradition de la photographie documentaire. Le masque dans la main, l’appareil photographique dans l’autre, il sillonnera ces belles régions à la rencontre de ceux qui voudront bien tenir la pose et « jouer leur propre rôle ». On trouve ici ce quelque chose des small trades d’Irving Penn chez cet artiste philanthrope qui, partant d’un constat, tente de se réconcilier avec un pays ralenti qui ne sait rien d’autre, si ce n’est se cacher derrière lui. La nuance et l’épaisseur du propos prennent tout leur sens dans l’élégant dialogue qu’il partage avec Frédéric Bouglé, critique d’art et directeur du Creux de l’Enfer à Thiers.

« Alors que la photographie tend constamment, indiscrètement, à vous ramener à cette pénible obligation d’être, à proférer une insupportable injonction à la profondeur », souligne notre Bret Easton Ellis national, à qui il a été maintes fois comparé ; il n’est pas étonnant que cette longue conversation entre les deux hommes ait donné lieu à cette entreprise pléthorique. La sortie du livre Musée National s’accompagne en effet de deux projets d’expositions qui se tiendront toutes deux à Paris dans le cadre du Mois de la Photo. L’une présentera, à la galerie Binôme dès le début du mois, la série en question. L’autre déploiera les images photographiques de l’écrivain, pensées et mises en regard par le photographe lui-même au Pavillon Carré de Baudouin dans le XXe arrondissement.  

LIVRE
Musée national
Photographies de Marc Lathuillière

Préface de Michel Houellebecq
Octobre 2014
Editions de La Martinière
285 x 245
216 pages

 

EXPOSITION
Marc Lathuillière –
Musée national
du 6 novembre au 20 décembre 2014

Galerie Binôme
19, rue Charlemagne
75004 Paris
www.galeriebinome.com

Michel Houellebecq – Before Landing, Le Produit France
commissariat Marc Lathuillière
Du 12 novembre 2014 au 31 janvier 2015
Pavillon Carré de Baudouin
121, rue de Ménilmontant
75020 Paris

www.carredebaudouin.frhttp://www.lathuilliere.com

En savoir plus

PHOTOGRAPHE
Marc Lathullière

Marc Lathullière est un photographe français. Il vit à Paris.