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PHOTO DU JOUR
Guy Tillim, Union Avenue, Harare, 2016 © Guy Tillim, and Stevenson Gallery
Guy Tillim, Union Avenue, Harare, 2016 © Guy Tillim, and Stevenson Gallery

J’ai rencontré River Phoenix pour la première fois à Gainesville en Floride. J’étais venu en avion de New York. Je le photographiais pour un magazine. Je ne me souviens plus lequel. Sa famille avait ce superbe lopin de terre sauvage au bord d’un marécage. Je suis resté deux jours.

On a fumé de l’herbe, bu de la bière, grimpé dans sa cabane dans les arbres, on s’est balancé sur une corde, on a sauté sur un trampoline et on est allé à la chasse à l’alligator juste pour en repérer un, ce que nous avons fait. Le soir, son groupe lui et se sont réunis et ils ont jammé ensemble. Ça a été un moment super, à la Peter Pan, loin de Hollywood.
Trois ans plus tard, Detour Magazine m’a contacté pour photographier River pour leur couverture. Du moins, ils voulaient le photographier mais ils n’arrivaient pas à le convaincre. Je vivais maintenant à Los Angeles et River était pour tourner le dernier film qu’il ait fini, The Thing Called Love.

Detour m’a demandé de concrétiser, sachant que je le connaissais. Quand j’ai eu River au téléphone, il a demandé si on pouvait faire des photos mais pas pour un magazine, juste pour le fun. Ce qui est probablement le geste le plus cool que quiconque ait eu à mon égard. Je lui ai dit que j’adorerais, mais que ce serait un peu difficile en ce moment. Je lui ai promis que la session photo serait sobre et pas une production de célébrité exagérée. Il a accepté. A cause du planning de son film, on a dû faire les photos la nuit. Lorsque lui et sa petite amie du moment, l’actrice Samantha Matis, sa partenaire dans The Thing Called Love, sont arrivés dans le studio que j’avais loué, il semblait épuisé et irritable. Il était toujours très beau, mais le garçon insouciant que j’avais rencontré en Floride avait l’air décharné. Il suait et sa peau était très abimée. C’était un sacré changement. Il était toujours une âme très douce et bonne.

Quand j’ai eu River devant l’appareil, après l’avoir maquillé et avoir choisi les vêtements qu’il porterait, j’ai vu quelque chose sur son visage que je savais être l’effet d’opiacés. Et ça m’a déconcerté. Je n’avais pas vu ça depuis longtemps. J’avais été accro à l’héroïne pendant huit ans en tant que jeune adulte, et il y a ce truc qui arrive à votre visage, vos muscles… Tous vos traits semblent pendre sur vos os. Et c’est ce que j’ai reconnu chez River. Ça va et ça vient, ça n’est pas constant, mais c’était évident pour moi.

La session elle-même a été l’une des expériences les plus remarquables que j’aie jamais eue en photographiant quelqu’un. River était incroyable, sans peur et il n’avait pas besoin que je le dirige. J’essayais plutôt de garder son rythme, il passait d’une pose à une autre comme un grand danseur d’improvisation. Et il continuait, et continuait… si angélique parfois puis enrageant parce que je ne suivais pas… «  Prends ça ! Maintenant ça ! Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? »

On a terminé vers 2 h ou 3 h du matin. Les dernières photos que l’on a prises étaient de lui et Samantha. J’ai pris ces photos en juin 1993. River est mort en octobre 1993. Peu de temps après la session, j’ai été engagé par les producteurs de The Thing Called Love pour prendre des clichés pendant deux semaines. Ce fut la dernière fois que je vis River.

Michael Tighe.

http://michaeltighephotography.com

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PHOTOGRAPHE
Michael Tighe

Michael Tighe vit et travaille à Los Angeles.

Portfolio
Michael Tighe
Portraits of the 70, 80 and 90's

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