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PHOTO DU JOUR
Joe Shore, Marilyn Monroe (In shorts), 1952 © Joe Shore and Fahey/Klein Gallery, LA
Joe Shore, Marilyn Monroe (In shorts), 1952 © Joe Shore and Fahey/Klein Gallery, LA

L’intelligence du paysage, c’est le titre d’une exposition de mes photographies sur le paysage en France, exposition qui est montrée jusqu’au 18 mai à l’Université de Virginie. Cette présentation est à l’initiative d’Ari J. Blatt, associate professor et actuel directeur du département de Français à UVa, qui travaille personnellement sur cette question de la représentation contemporaine du territoire français. Ari Blatt est d’abord un spécialiste de littérature française (il a fait une thèse, publiée aux Etats-Unis, sur la place de l’image dans l’œuvre littéraire de Georges Perec, Claude Simon, Pierre Michon et Tanguy Viel), mais s’il n’en est qu’au tout début de ce nouveau travail de recherche, il a déjà produit différents articles dans le cadre de conférences aux Etats-Unis, notamment sur Depardon pour son travail sur la France, ainsi que sur Jean-Christophe Bailly (Détours en France, on the road with Raymond Depardon and Jean-Christophe Bailly).

Ari Blatt m’a contacté il y a deux ans déjà, considérant que ma démarche et l’ensemble de mon travail, jusque dans sa diversité, reflétait de manière très pertinente ses propres questionnements et ses thèmes de recherche. Il est venu me voir dans mon atelier et peu après nous avons convenu dans un premier temps d’une intervention à UVa, avant tout axée sur une conférence et quelques cours professés —tant dans le département Art que dans le département de Français—, accompagnée d’une modeste exposition d’une vingtaine de photographies… Mais, comment résumer trente ans de travail sur la question du paysage en France à travers seulement 20 photos ? Après un temps de réflexion sur les lieux d’exposition, nous sommes passés à 30, puis à 50, et ce sont finalement 70 photographies qui sont exposées dans le département de Français de UVa, issues de dix séries différentes, réparties sur trente ans, de 1984 à 2014.

A part telle ou telle exposition autour de mon parcours éditorial (notamment l’exposition De l’Itinérance présentée en décembre 2009 à la galerie les Douches à Paris), je n’avais jamais eu l’occasion de confronter ensemble des travaux si éloignés dans le temps les uns des autres, même si de plus en plus souvent on me dit, ici ou là : « Ce serait bien de faire une rétrospective de votre travail ». Certes, cela reste pour l’instant à l’état de vœu pieux —qui n’a jamais vraiment engagé ceux qui me l’ont proposé—, mais considérons alors que ce n’est sans doute pas non plus un hasard si, à défaut d’une vraie rétrospective qui devrait inclure d’autres aspects de mon travail (les portraits et mes travaux abroad notamment), cette exposition —qui présente déjà un panorama assez large et divers de mon travail sur le paysage en France— se tient aux Etats-Unis, pays auquel je suis redevable d’une grande partie de ma culture photographique et de mes choix artistiques les plus décisifs.

En fait, ceux qui ont une vision lointaine et fragmentaire de mon travail —dont ils ignorent le plus souvent les prémices des années 70 et 80— s’attachent généralement à un aspect spécifique de celui-ci sans toujours chercher à comprendre ce qui en relie les différents termes : les marches photographiques, les itinéraires, les paysages métaphoriques ou l’approche plus strictement documentaire des observatoires etc.
Une exposition comme celle-ci —et la conférence que j’ai donnée à la suite— permet de mieux comprendre les interactions entre les différentes périodes et la manière dont chaque série est traversée par une pluralité de concepts.

C’est évidemment toujours plus facile de parler des autres que de parler de soi, même si à travers mes textes publiés, quelques interviews et des conférences de plus en plus nombreuses, j’ai régulièrement exprimé au fil des ans un certain nombre de statements. Mais cette fois-ci, j’aimerais justement laisser la parole à Ari Blatt en reprenant presque in extenso le long texte introductif qu’il a écrit pour la présentation de cette exposition :

« Depuis plus de trente ans, Thierry Girard s‘interroge sur le pouvoir qu’a la photographie de façonner notre sens du lieu. Girard, lauréat du prestigieux Prix Niépce, cherche à faire surgir à la surface ce qu’il appelle « l’intelligence du paysage », à révéler à travers l’image les données secrètes présentes dans les endroits les plus familiers et qu’on a parfois peine à appréhender. Ses images mettent en lumière des sites ostensiblement insolites et sans valeur, hors des sentiers battus, en marge ou tout simplement oubliés. Les moments saisis par ces photographies ne montrent rien de très « décisif. » Elles ne séduisent pas non plus, comme le feraient certaines photographies pittoresques, des spectateurs devenus passifs. Les images brutes et pénétrantes affichées ici considèrent comme sites privilégiés ces paysages modestes du territoire français apparemment anodins mais qui méritent toutefois notre contemplation. Elles en exposent leurs souvenirs cachés, leurs affects, et proposent ainsi une profonde réflexion sur ce qui constitue le paysage de cette nation.

Dans un essai de 2010 intitulé « De l’esprit des lieux », Girard développe une idée qui sous-tend son approche photographique, ainsi que la plupart des photographies exposées ici : « j’ai pour ma part considéré très tôt que le paysage n’était pas indifférent, et qu’on ne pouvait surtout pas le réduire à la simple apparence de ce qui se présente à la vue, devant soi. » Suggérer que le paysage n’est guère « indifférent » ou apathique, c’est reconnaître que le monde est toujours plein de sens et de présence ; qu’il est rempli de ce que Michel Collot appelle « une pensée paysage » nous invitant à penser avec et par les lieux, qu’on soit présent dans les lieux mêmes, ou qu’on en regarde des représentations (tel le public de cette exposition). De telles photographies font voir le genius loci, le génie du lieu, bien souvent caché par le quotidien, mais qui peut, lorsqu’on arrive à le découvrir, nous enchanter, nous illuminer, et même nous émouvoir. Depuis longtemps, Girard cultive une patience méditative qui encourage ce genre de découverte. Il maîtrise les techniques d’un art à l’écoute des nuances de notre environnement et des détails minutieux du réel. Ainsi, pour autant, Thierry Girard ne « fait » pas de photographies. Il cède son regard au cadre et, plus simplement, et avec plus de poésie, il permet à l’image d’advenir.

Girard, photographe voyageur, a travaillé en Europe, aux Etats-Unis, mais aussi en Inde, en Chine, et notamment au Japon. Et pourtant, les séries « made in France », sont parmi les plus irrésistibles de son œuvre. Les photographies de cette exposition représentent diverses régions de l’hexagone et cartographient une partie de la patrie de l’artiste. De plus, elles témoignent d’un « tournant topographique » récent dans la culture française et par lequel un bon nombre d’artistes et de penseurs français ont cherché à exprimer l’image et l’atmosphère de la France métropolitaine actuelle, et à comprendre son identité en s’appuyant sur une analyse de son espace. Ces derniers mettent en question un certain nombre de lieux communs et de clichés dominants ayant engendré certaines mythologies culturelles. Le travail de Girard nous aide surtout à comprendre ce que c’est que la « France, » ce que la notion même de « France » veut dire, et ce à quoi elle ressemble. Ses paysages photographiques expérimentent avec le genre artistique, le médium de la photographie, ainsi que ses traditions afin d’imaginer—et rendre visible—une idée plus expansive des espaces communs de son pays.

L’intelligence du paysage / Intelligent Landscapes met en lumière un ensemble de principes distincts mais non pas exclusifs illustrant cette philosophie et façonnant le travail de Thierry Girard depuis les années 1980. Le premier est sa prédilection particulière pour les itinéraires. Inspiré du genre du « road trip » photographique pratiqué par des artistes tel Robert Frank, Lee Friedlander, et Stephen Shore, Girard a produit plusieurs séries de photographies qui tracent un parcours prédéterminé sur et autour d’un territoire particulier. Ces images font la chronique des lieux visités et des choses vues tout en témoignant du voyage personnel et intime que le photographe éprouve sur le chemin.

EXPOSITION
L’intelligence du paysage de Thierry Girard

https://wordspics.wordpress.com/2015/03/06/intelligent-landscapes-lintelligence-du-paysage/

http://www.virginia.edu

En savoir plus

Événement
Thierry Girard, Salle des fêtes

Hiver 2014. Le musée de la Chasse et de la Nature à Paris invite Thierry Girard à faire une résidence d’artiste sur le domaine de Belval dans les Ardennes. Le lieu de résidence est une petite maison au bord d’un étang au milieu des bois.