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PHOTO DU JOUR
Eve Arnold, School for non-violence, Virginia, 1960 © Eve Arnold/Magnum Photos
Eve Arnold, School for non-violence, Virginia, 1960 © Eve Arnold/Magnum Photos

Inaugurée le 3 novembre dernier à la Maison des Arts de Grand Quevilly, l’exposition « Devenirs » présente quatre séries de la photographe Nolwenn Brod : Va t’en me perdre où tu voudras, Ar Gouren et autres visions, Même une jument est une espèce d’homme (série réalisée dans le cadre d’une résidence à la Maison des Arts de Grand Quevilly – été 2015), La Ritournelle (travail en cours), ainsi qu’un film intitulé La Lutte. L’exposition se tiendra jusqu’au 23 décembre prochain.

A cette occasion, un livre vient de paraître aux Éditions Poursuite, retraçant sa découverte de Irlande du Sud. Va t’en me perdre où tu voudras est accompagné d’un poème signé Amaury da Cunha.

Un certain Chant d’Amour
« Rien ne nous manque jamais que la foi des visionnaires et le don du visage : si nous pouvions seulement, ne serait-ce qu’une fois, céder au mystère de l’apparition – si nous pouvions oser ce geste mystique et fou : croire nos yeux. »
Camille Laurens in Cet absent-là

Ce sont des paysages camouflés en portraits. A moins que ce ne soit l’inverse. Depuis les terres celtes d’une Irlande verdoyante ou d’une Bretagne sempiternelle, la végétation se meut en formes immatérielles. Presque de la ouate paysagère qu’une tradition du jardin d’Eden chez Nicolas Poussin viendrait re-citer. Car la photographie chez Nolwenn Brod a l’attention d’une pose délicate s’effectuant par touches. C’est cet argent émanant d’un arbre étale, dont les feuilles vibrantes font avancer la chose vers nous.

On pense à du velours ou à un dos de laine. Au motif produit par la belle robe de l’animal dont il ne reste plus rien, sinon une abstraction qui emboîte le pas. Les éléments dissolus, pareils aux identités, sont noyés dans l’écume. Et les corps, ici, sortent à l’heure bleue, en même temps que les cerfs des sous-bois. Ce sont deux frères qui s’affrontent. Mais nous sommes loin des rites qu’ils évoquent. Archaïques, charnels, livrés, ces corps racontent autre chose qui se rejoue, encore et encore. Une histoire dont on ne doit pas tout reconnaître. S’il s’avérait qu’ils se retrouvaient seuls, ces jeunes lutteurs n’auraient pas d’autre lieu que la nature pour leur servir de reliquaire. Enveloppante, la nature calfeutre cette animalité chez l’homme et chez la bête, agit en respiration à l’endroit où tout semble en devenir quand l’un et l’autre ne se confondent pas en une seule et même transe. Une métamorphose se cache derrière l’apparente normalité de leur pose, mais les gestes qu’ils incarnent habitent en dehors, derrière ou en parallèle de leurs tangibles existences. Le créateur ne les a pas tout à fait définis. Il ne les a pas tout à fait achevés. Et dans une sorte de révérence faite à William Faulkner, nous ignorons, à quel temps ils appartiennent. Une concomitance de temps donc, depuis lesquels les vertiges de l’identité se disputent entre apparition et disparition. Passant d’une liane à l’autre, ces êtres sont les chimères d’une épiphanie qui coexiste entre la photographe et ce quelque chose qui a pré-existé chez elle, réellement ou non. Elle connaît ces visages. Cherchant lors de ces promenades solitaires sur les sites chargés d’autres vies à s’en saisir, elle les laissera également venir à elle.

De ces beautés vacillantes nous retenons l’imperceptibilité, une amnésie dont ces photographies sont les signes. Il ne s’agit pas de mythologie ou de sacres païens, non, mais plutôt d’approcher des passages faits de failles et de sédiments. Les Ritournelle se poursuivront en chuchotements au creux de l’oreille de ceux qui savent regarder un visage et se laisser happer par ce qui s’efforce de parler. Si la vidéo permet de construire la photographie dans tout son espace, la photographie, elle, officie en faveur d’une gestation. Un certain esprit des lieux enrobe l’étendue du travail de Nolwenn Brod et vient nourrir les stigmates d’une lutte intérieure qui captive des images, se dévoile tel un bourgeon, à la fois impudique et augural.
(Texte de l’exposition)

EXPOSITION
Devenirs
Maison des Arts de Grand Quevilly
3 novembre – 23 décembre 2015
Esplanade Tony Larue
76 120 Grand Quevilly
www.grandquevilly.fr

LIVRE
Va t’en me perdres où tu voudras
ÉditionsPoursuite
© Nolwenn Brod, 2015
Première édition de 500 exemplaires
ISBN : 978-2918960-81-2
Dépot légal mai 2015
www.poursuite-editions.org

En savoir plus

PHOTOGRAPHE
Nolwenn Brod

Née en 1985 à Brest. Vit et travaille à Paris. Représentée par la Galerie VU' Diplômée de l’école des Gobelins en 2009, elle poursuit depuis un travail photographique sur le corps et l’...

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