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PHOTO DU JOUR
Joe Shore, Marilyn Monroe (In shorts), 1952 © Joe Shore and Fahey/Klein Gallery, LA
Joe Shore, Marilyn Monroe (In shorts), 1952 © Joe Shore and Fahey/Klein Gallery, LA

Contrairement à sa voisine célèbre, Coney Island – avec laquelle il a tenté en vain de rivaliser pendant la majeure partie du 20e siècle – Brighton Beach, à Brooklyn, n’est pas un lieu mythique, ses légendes restant obscures même pour les New Yorkais qui fréquentent pendant les mois d’été ses sables brûlés de soleil. À l’origine destinée à devenir un complexe touristique pour riches Américains, la zone a connu un déclin progressif en raison de plusieurs facteurs économiques inattendus, notamment la reconstruction de la ligne de chemin de fer qui, rendant le quartier plus accessible, a également incité les visiteurs à partir en fin de journée plutôt qu’à rester sur place dans un grand hôtel.

Même pendant les années 1960 et 1970, lorsque la zone incroyablement appauvrie a connu une vague de problèmes de drogues et d’incendies criminels, elle est restée une destination estivale active, dont les résidants – les habitants de longue date, noirs et latinos, mêlés aux nouveaux arrivants, Européens et Jjuifs russes – contrastaient avec les foules en quête de plage présentes seulement les jours de beau temps. Il a fallu attendre les années 1990, la chute de l’Union soviétique et l’afflux en masse des immigrants soviétiques d’Ukraine, pour que Brighton Beach commence à se relever, lorsque les clubs, boutiques, restaurants et bars russes ont fleuri un peu partout dans « Little Odessa », nom sous lequel le quartier est désormais connu.

Les photos de Bohbot offrent une vaste étude architecturale de la zone, où les panneaux et les vitrines des magasins, les passages souterrains et les foyers de résidence bondés, fonctionnent comme les signes hiéroglyphiques des différentes strates culturelles et ethniques. Hors des ombres troubles et des indigos meurtris du soir, se dessine un Brighton Beach de fin de journée, dont les rues ternes et les allées éclairées par les néons de chintz évoquent les films de gangsters russes plus qu’une station balnéaire en bord de mer – ce n’est pas un hasard si la zone est connue comme plateforme (secrète) du crime russe organisé. De telles scènes sont presque invisibles pour les visiteurs en quête de plage, dont la plupart partent au coucher du soleil et n’ont vu que le soleil, le sable et les appartements de luxe, le regard tourné vers l’Atlantique (jamais vers Little Odessa).

Tenant son nom d’une station balnéaire anglaise, rebaptisé du nom d’une ville portuaire ukrainienne, Brighton Beach a toujours cherché à ressembler à ses voisines, Manhattan Beach et Coney Island, étant le reflet déformé d’un lieu préexistant – la zone incarne « l’idée que se font les immigrés juifs de la Russie vue depuis l’Amérique  » ainsi que l’a décrite un auteur contemporain. Sans que personne n’ait pu le prévoir, son côté presque familier et son invraisemblable diversité ethnique et sociale en ont pourtant fait l’étrange et spectaculaire échappatoire à la réalité qu’elle aspirait tant à devenir.

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