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PHOTO DU JOUR
Henri Cartier-Bresson, Sur les bords de la Marne, 1938 © Fondation Henri Cartier-Bresson & Phillips
Henri Cartier-Bresson, Sur les bords de la Marne, 1938 © Fondation Henri Cartier-Bresson & Phillips

Plus discret que les drames de notre époque et les sursauts de notre planète, plus crypté, un évènement a discrètement troublé le début de l’année 2016 ; l’annonce de la détection, aux États-Unis, d’une onde gravitationnelle agitant, comme une déflagration intersidérale, la matière même de l’Univers qu’est l’espace-temps, avait pourtant de quoi glacer le sang de tout terrien..

Nous sommes tous égaux face aux trous noirs. Ces monstres, dont on sait maintenant chronométrer, des milliards d’années plus tard, la danse et les ébats, puis la masse des nouveau-nés, engloutissent sans discrimination ethnique, sociale ou religieuse. On dit qu’ils sont la fin du temps, puisque la matière qui s’y fait aspirer n’a « pas de futur ». On dit aussi qu’ils sont peut-être, au coeur de leur chaos, au nombril de leur néant, la porte vers d’autres univers, qu’on ne connait pas. Ils mangent la lumière.

La lumière est l’outil du photographe ; elle sculpte la matière. Sarker Protick (basé au Bangladesh) et Katrin Koenning (allemande, vivant en Australie), écrivent eux dans le noir, en creux. Les éditions Chose Commune les ont fait collaborer, à des milliers de kilomètres de distance, en confrontant leurs photographies, prises au smartphone, puis en les éditant et les imprimant sur papier noir, au moyen d’une encre métallique.

Ce procédé original renverse les repères habituels ; tout dans Astres Noirs semble émerger du noir, drapé d’étrangeté. On y distingue des visages, des paysages, des « formes de vie » de toutes sortes ; animales, végétales, qui devraient nous rappeler les éléments d’un décor habituel, rassurant. Mais tout parait comme vu depuis une autre planète, par un autre type de conscience. Notre monde habituel, le seul que nous connaissions, soudain éclaboussé par le bain sirupeux d’une puissance étrange et nyctalope, balayant la planète à diverses hauteurs, vitesses, distances à la fois. Accumulant les détails, cherchant à comprendre, surprise parfois par une rencontre, confondue par un sourire, par un oiseau qui de sa branche, a tout vu. On traverse des grottes, des explosions. Le sol brille, parfois le fond des yeux.

À travers les feuillages, à rebours des pluies et des étoiles, elle fait comme la poésie, de toute chose un mystère, et voit le mystère de toutes les choses. Dans ces clichés d’exploration du genre terrestre, on se sent fragile en tant qu’humain, froidement observé, disséqué sans précaution. Les présences mystérieuses, scrutées partout dans le noir sidéral, elles nous traversent peut-être déjà comme des souffles, en se moquant de nos télescopes.  On referme Astres Noirs comme recraché par le vortex, renvoyé au plancher, au calme, au sens. Cette expérience sensorielle, il faut en rendre crédit à Sarker Protick et Katrin Koenning, mais au moins autant à leur éditeur français, Chose Commune, qui réussit ici une belle prouesse de dosage et d’équilibre, et d’un sens de la narration graphique irréprochable.

INFORMATIONS
Astres Noirs

168 pages
79 photographies noir et blanc
16 cm x 22 cm
mai 2016
1ère édition à 1500 exemplaires
Plus d’informations : http://www.chosecommune.com/fr/book/astres-noirs-edition-standard/
Les éditions Chose Commune seront présentes à Cosmos Arles Books, du 4 au 10 juillet 2016 – http://www.cosmosarlesbooks.com/