En bref

Le musée Nicéphore Nièpce recrute son directeur

Le musée Nicéphore Niépce et la ville de Chalon-sur-Saône recherchent un directeur. Fort d&rsq...

Les vainqueurs du Prix de Photographie Magnum et LensCulture annoncés

L’agence Magnum Photos a annoncé les vainqueurs de son tout jeune prix de photographie. Il s&...

Record de vente pour Wolfgang Tillmans

Le photographe allemand Wolfgang Tillmans, âgé de 48 ans, a vu son oeuvre Freischwimmer #84 être...
PHOTO DU JOUR
Luciana Pampalone, Graflex, 2012 © Luciana Pampalone
Luciana Pampalone, Graflex, 2012 © Luciana Pampalone

Il s’appelle Jean-Christian Rostagni, il vit aux Etats-Unis et il a deux passions : la photographie et le vin qu’il a récemment combinés en une nouvelle activité. Il organise maintenant des excursions œnologiques en France. Voici son histoire.

Mon histoire commence à Valence, dans le nord de la vallée du Rhône, où j’ai grandi. À l’époque, cette région était au cœur de la province profonde. Montélimar où je suis né, à 45 kilomètres de là, ville réputée pour son nougat, était un « trou », creusé bien au-delà des confins de la civilisation, en tout cas tels que définis par l’adolescent que j’étais. Il n’y a de toute façon que peu d’honneur et encore moins de saluts, à naître dans une ville célèbre pour une confiserie.

Nous sommes dans les années 1970, avant le premier choc pétrolier de 1974. La vie est belle, c’est la fin des Trente Glorieuses, mais nous ne le savons pas, alors pourquoi ne pas abandonner un avenir prometteur pour une carrière dans la photographie ? Quarante-quatre ans plus tard, la réponse à cette question semble assez évidente. Mon beau-père est fils de vigneron, j’entends parler de vin à toutes les réunions de famille, car Valence compte après tout dans ses environs quelques-uns des meilleurs crus au monde. Je tarde à me réaliser pleinement : dans ma carrière (comme la plupart des artistes), au plan de la maturité (comme bien des hommes), mais aussi vis-à-vis du vin – en cela par contre, à l’inverse de nombreux compatriotes. Je n’ai en effet commencé à en consommer qu’à 28 ans, vers la fin des années 1980, après que ma propriétaire m’eut offert une bouteille issue de ses propres vignes, vantant ses propriétés digestives et sonnant ainsi la fin de ma sobriété ascétique.

Le vin est un art et son appréciation développe les mêmes réflexes que ceux du collectionneur d’œuvres d’art. Avant longtemps, on se met en quête de la perle rare, de ce vigneron d’exception encore méconnu et dont la production pourtant superbe reste abordable. Jacques Chirac est donc toujours Premier ministre de la première cohabitation lorsque je commence à visiter cave après cave, quand l’occasion m’en est donnée, en quête du Graal et de meilleures connaissances œnologiques. Sur les routes de la vie, je dégote ainsi certains vins qui me paraissent particulièrement délectables, ronds, épais, riches en arômes. La syrah devient rapidement mon cépage préféré, sans doute à cause de sa personnalité florale et de ses arômes de violette qui la rendent si particulière et caractérisent les meilleurs crus des Côtes du Rhône septentrionales.

J’émigre aux États-Unis en 1993, emportant le butin d’un tour de France des vins dans le container où j’ai rassemblé le condensé de mon patrimoine. J’ai dans l’idée de cultiver un goût pour le vin français chez mes futurs voisins américains et d’en faire une activité d’appoint. J’abandonne rapidement cette ambition face à la législation drastique qui entoure le commerce du vin et son importation chez l’oncle Sam, découvrant ainsi que les États-Unis ne se sont jamais affranchis de la prohibition, ni des Puritains d’ailleurs. Mon frère, qui sort bientôt d’une école viticole, en vient à diriger les ventes pour l’hexagone d’un important propriétaire-vinificateur-négociant de la vallée du Rhône méridionale. Il me fait ainsi mieux découvrir une partie de la région que je connaissais mal et qui me séduit aussitôt. Cela s’avère décisif récemment, lorsque j’entreprends d’organiser un tour de la vallée du Rhône et de ses vins pour mes nouveaux compatriotes. Ce premier voyage est organisé en partenariat avec un caviste local qui entretient des relations étroites avec les vignerons auxquels nous rendons visite. Tout se passe plutôt bien et des perspectives prometteuses se dessinent. Les clients sont d’abord enthousiastes et curieux, puis fiers de leur nouveau savoir œnologique.

La recherche de la perfection passe par une évolution permanente. Les circuits prévus pour la 2e saison seront plus longs, 9 à 10 jours d’agapes bien françaises, au rythme d’une sélection de vins exceptionnels, mais pas forcément de grand renom. La visite des sites les plus remarquables de cette vallée au cœur de l’histoire humaine et géologique de l’Europe, s’accompagne de la rencontre de ses vignerons les plus valeureux et de succulents repas qui soulignent les qualités des vins que nous découvrons. Nous sommes hébergés dans des hôtels de caractère et des chambres d’hôte où l’élégance naturelle est empreinte du charme régional.

La photographie, qui reste mon activité professionnelle principale et une passion vitale, est donc très présente dans mes circuits. Je présente le programme du jour du point de vue de l’artiste, afin d’approfondir ou de nourrir l’appétit artistique de mes clients. Mon expérience du travail de laboratoire m’incite à mettre en parallèle le travail de vigneron et celui du tireur photographique. Tout comme le laborantin, le viticulteur orchestre une alchimie qui exprime en dernier lieu sa sensibilité, mais qui, par rapport au tirage photographique, met en jeu un ensemble aux dimensions considérablement plus importantes, une mécanique plus complexe, des paramètres incontrôlables, et qui ne permettra de corrections qu’avec la récolte de l’année suivante.

Mes prochains circuits comprendront parfois un dîner chez Denis Brihat et son épouse Solange dans leur maison de Bonnieux, l’un des plus beaux lieux du Lubéron, la perle de la Provence. Ce ravissant village abrite l’une des toutes meilleures propriétés viticoles du Sud de la région du Rhône, avec notamment un rouge et un blanc merveilleux qui seront au centre de cette soirée d’hospitalité rare, dans ce que je considère comme l’un des temples de la photographie contemporaine (au sens originel). Denis était l’un de mes professeurs à l’UER de photographie de la faculté Saint-Charles à Marseille et a exercé depuis lors une influence majeure sur mon travail. C’est aussi l’un des piliers de l’histoire de la photographie et le fils spirituel contemporain d’Edward Weston.

Un circuit du vignoble bordelais sera lancé au printemps 2018. Plusieurs circuits de la vallée du Rhône prévus entre mai et novembre 2017 seront bientôt annoncés sur le site web et la page Facebook de Contrast Tours. Il atterrit à Nice et repart de Paris pour les États-Unis. Paris procure toujours un clap de fin heureux.

Jean-Christian Rostagni

Site web : http://contrasttours.com/
Page Facebook : https://www.facebook.com/contrasttours/

Jean-Christian Rostagni est aussi « Monsieur Contraste », le personnage antihéros du film documentaire par Rodrigo Dorfman sur sa vie et son travail.

http://monsieurcontraste.com/
Contact: clic@jean-christian.net

En savoir plus

PHOTOGRAPHE
Jean-Christian Rostagni

Jean-Christian Rostagni is Monsieur Contraste, the subject and title character of Rodrigo Dorfman's film Monsieur Contraste. He was born and raised in the Rhône valley of France. At the age of fifteen he discovered photography while t...