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Joe Shore, Marilyn Monroe (In shorts), 1952 © Joe Shore and Fahey/Klein Gallery, LA
Joe Shore, Marilyn Monroe (In shorts), 1952 © Joe Shore and Fahey/Klein Gallery, LA

Photographe depuis moins de six ans, Sian Davey a été désignée lauréate du troisième prix Virginia dédié aux femmes. Sa délicate série sur l’adolescence intitulée Martha est à voir à l’Hôtel de Sauroy jusqu’au 12 novembre. Une belle découverte.

Créé par Sylvia Schildge pour honorer les femmes créatrices, à l’image de sa grand-mère et de sa mère, le prix Virginia récompense tous les deux ans le travail d’une auteure « développant une écriture photographique et une cohérence », comme elle l’explique la fondatrice de ce prix singulier parce que totalement indépendant. Anglaise, Sian Davey a été choisie parmi 292 candidates de 47 pays. Dix autres photographes remarquées par le jury sont à découvrir tout au long de l’année sur le site Internet du prix (voir en fin d’article). Outre 10.000 euros, une exposition avec des tirages réalisés par Dupon, qui est partenaire et une carte blanche des éditions be-pôle pour réaliser un travail sur une ville de son choix, Sian Davey verra son travail publié dans M, le magazine du Monde. Rencontre avec la photographe anglaise autour de sa série Martha, toute en sensibilité.

Pourquoi avez-vous choisi la photographie ?

Je ne peux pas vraiment l’expliquer… Après avoir vu la rétrospective de Louise Bourgeois à la Tate à Londres, j’ai reçu un choc. J’ai été tellement bouleversée par ce que j’ai vu que j’étais en pleurs. A ce moment-là, je me suis dit qu’il fallait que je crée, moi aussi. C’était il y a six ou sept ans. J’ai alors commencé à prendre des photos…

Vous étiez alors psychothérapeute. Après avoir exercé cette profession pendant quinze ans, vous avez décidé de vous consacrer à la photographie il y a cinq ans. Cela a-t-il été une décision difficile à prendre ? 

Je me rendais compte qu’il fallait que je fasse un choix. Cela a été comme prendre un engagement et donner un sens à ma vie. J’ai suivi mon instinct et mes convictions.

Pourquoi avoir choisi votre famille comme sujet principal de votre travail photographique ?

D’abord pour des raisons personnelles. Atteinte du syndrome de Down, ma fille Alice, qui était à ce moment-là bébé, avait besoin de soins parce qu’elle avait une santé fragile. Je ne pouvais ni m’éloigner de la maison, ni l’emmener avec moi pour faire des photos. J’ai donc décidé de photographier le monde qui m’entoure, c’est-à-dire ma famille. Cela m’a permis de rester présente… et d’un coup j’ai vu les choses sous un autre jour. Cela a été comme une révélation.

Vos photos montrent à la fois des instants très intimes et en même temps, vous semblez prendre de la distance par rapport à vos sujets, si bien que votre travail dépasse le registre de la banale photo de famille. Avez-vous réfléchi en amont à la manière dont vous alliez photographier ?

Je l’ai fait instinctivement, sans me poser de question, sans me demander comment j’allais m’y prendre. J’ai simplement décidé de vivre normalement mon quotidien, sauf que j’avais toujours mon appareil à portée de main… Prendre des photos est devenu pour moi un acte aussi naturel que faire la cuisine, ou m’occuper de ma maison. Dans un premier temps, je n’avais pas de but particulier, je n’ai pas pris des photos en pensant à un projet précis. C’est ainsi que j’ai photographié Alice, ma fille et Martha, ma belle-fille, simultanément. Finalement, j’en ai fait deux séries séparées.

Pourquoi en avez-vous fait deux séries distinctes, alors que ce pourrait être une seule et unique série sur le thème de la famille ?

La série sur Alice est différente à mes yeux, parce qu’il y a une dimension politique dans ce projet. Le sujet est presque moins ma fille, que le fait que Alice est atteinte du syndrome de Down. Je voulais parler de ce sujet à travers cette expérience qui m’est très personnelle. Mais finalement, ce qui m’intéresse en tant que photographe, c’est la relation particulière et spécifique que j’ai avec Alice d’un côté et Martha de l’autre, parce que c’est un moyen de comprendre qui je suis.

Vous aviez déjà postulé au prix Virginia il y a deux ans avec le sujet sur Alice. Finalement, vous avez été désignée lauréate cette année avec celui sur Martha. Est-ce difficile de photographier une adolescente ?

Une relation particulière me lie à Martha, que j’ai rencontré lorsqu’elle avait 7 ans. Aujourd’hui encore, je me souviens précisément de ce moment. Comme je suis sa belle-mère, j’ai un statut particulier : je suis à la fois proche d’elle et j’ai un statut d’adulte, mais elle est en confiance avec moi. Il n’y pas le même rapport que si j’étais sa mère. De plus, Martha aime être photographiée. Elle m’a introduite auprès de ses amis, ce qui m’a permis de réaliser des scènes assez intimes. Je suis parvenue à me faire oublier, ou à me faire accepter comme photographe. Ils étaient en confiance parce qu’ils ont senti que je ne les juge pas et parce que je n’ai pas été intrusive.

Au final, quel regard portez-vous sur les adolescents ?

J’ai essayé d’adopter la bonne distance. J’ai cherché à savoir qui ils sont – à la fin je me suis retrouvée dans leur peau d’adolescent et je me suis dit : « C’est super : il sont expansifs, spontanés et pas totalement conscients du monde qui les entoure.» C’est cette période précise de l’existence, cet entre-deux, que j’ai voulu capter. Avant qu’ils ne deviennent adultes.

Propos recueillis par Sophie Bernard

Sophie Bernard est journaliste spécialisée en photographie basée à Paris et a été rédactrice en chef du magazine Images durant 12 ans.

Sian Davey, Martha 
Jusqu’au 12 novembre
Espace photographique de Sauroy
58 rue Charlot
75003 Paris
France

www.siandavey.com

www.prixvirginia.com

Les séries des dix candidates remarquées par le jury à découvrir tous les deux mois, à partir de janvier 2017 sur le site du Prix Virginia : Coco Amareil (Canada), Elisabeth Blanchet (France), Helena Blomqvist (Suède), Katrien de Blauwer (Belgique), Anna Filipova (Bulgarie), Jona Franck (Canada), Céline Marchbank (UK), Kourtney Roy (Canada), Clémentine Schneidermann (France), Mila Teshaeiva (Ukraine).

Cette année, le Prix Virginia a créé un livre-objet regroupant les lauréats 2012 et 2013 et les sélections du jury, soit 22 photographes, aux éditions Filigranes, 25 euros.
 
www.filigranes.com

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