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PHOTO DU JOUR
Eve Arnold, School for non-violence, Virginia, 1960 © Eve Arnold/Magnum Photos
Eve Arnold, School for non-violence, Virginia, 1960 © Eve Arnold/Magnum Photos

Le photographe allemand Thomas Ruff avait choisi d’agrandir les images de la Nasa dans une tentative désespérée de faire marcher le visiteur sur Mars. Nul n’était besoin de ces grands paysages de quatre mètres de haut. Le livre composé par Xavier Barral, aujourd’hui réédité en format réduit, y parvient dans ses pages, selon un voyage subjectif couvrant par tranches de six kilomètres l’immensité d’un monde qui reste imaginaire. Il nous cloue à nouveau par la fascination qu’il éveille.

Comme dans les formes que dessinent les nuages, le théâtre d’une tentation anthropomorphe s’anime image après image. Des cratères granuleux dessinent la peau craquelée d’une patte de pachyderme. Un archipel essaimé dans des mers de sable noir fissurées comme une photographie brûlée renvoie l’expression de notre mine surprise. On jurerait voir des molécules étudiées au microscope, mais on sait que les photographies respectent une échelle stricte, que les coulées de peinture de ces toiles monochromes sont des lits de lave érigeant leurs vagues figées sur plusieurs mètres. On suit le flot de leur abstraction. Dans l’index de fin d’ouvrage, les 150 paysages sont reproduits sous forme de vignettes. Ils deviennent des motifs, un alphabet d’autant de signes, et on apprend qu’ils abritent un volcan, de grandes dunes et des ravins, à une latitude de – 48° et une longitude de 303,7°.

Mars explore la démesure d’une discipline – l’astrophysicien Francis Rocard a intitulé son essai « Une géologie des excès ». Avec un vocabulaire familier, il donne forme à ces paysages. Les montagnes s’érigent. Les cratères se trouent. Les déserts craquent. Sur la carte, ils sont situés en Daedalia Planum, la plaine à laquelle a été donné le nom du célèbre sculpteur et architecte de la mythologie grecque. L’ensemble s’édifie peu à peu, avec des références terrestres qui relancent l’imagination par leur familiarité. Accompagné d’une chronologie de l’observation de Mars remontant à l’Antiquité, l’ouvrage permet d’inclure l’histoire de l’humanité dans celle de cet astre, déployant avec elle l’étendue des inconnus.

Laurence Cornet

Laurence Cornet est journaliste spécialisée en photographie et commissaire d’exposition indépendante. Elle partage sa vie entre New York et Paris.

 

Mars, Une exploration photographique
Réédité par Xavier Barral
Format réduit
39 €

http://exb.fr/fr/