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PHOTO DU JOUR
Luciana Pampalone, Graflex, 2012 © Luciana Pampalone
Luciana Pampalone, Graflex, 2012 © Luciana Pampalone

Hangzhou, et non Shanghai ou Beijing. Non pas les lieux attendus de la scène photographique contemporaine chinoise, tels Lianzhou et Pingyao International Foto Festival ou encore la Foire Internationale de Photo Shanghai, mais une ville de province. Pas n’importe laquelle. C’est à Hangzhou que se trouve l’Académie des Arts de Chine. Une ville traditionnelle, construite autour d’un lac central et jalonnée de bois. Une ville qui, au fil du temps, a noué des liens indéfectibles entre tradition et art. Un endroit idéal donc pour introduire la photographie contemporaine dans un pays où, comme le rappellent les trois curateurs indépendants d’Unlisted Projects, Luis Liu, Jiatu Gu et Yinguang Guo, l’art contemporain est encore une terra incognita. En Chine, malgré l’essor de la photographie contemporaine et la singularité d’une production dynamique et singulière, tout reste à créer, inventer et promouvoir. Un moment fascinant, où la curiosité des spectateurs comme la créativité des artistes ont encore l’apanage de la nouveauté. Une page blanche en quelque sorte. C’est ce que saisissent les trois artistes devenus curateurs après s’être rencontrés lors d’un Master de Photographie, à Londres, au London College of Communication.

Leur vision est donc informée par un détour en Europe et par les problématiques des écoles de photographie qui développent des questionnements qui remettent en cause le médium photographique, et une approche classique dominée par des tirages au mur. Dans leur exposition Habitat Expanded, on retrouve une approche multimédia, pluridisciplinaire aux frontières de la représentation. Des projets dans lesquels le médium photographique souligne d’avantage ses limites, ses ambiguïtés à représenter et reproduire le réel. Comme l’indique, Luis Liu, « le plus important pour nous, c’est de comprendre la photographie elle-même. Nous sommes dans un monde d’exploration des images, c’est la manière de regarder les images qui est devenue problématique. » D’où la propension de leurs expositions à se porter vers les ambiguïtés, les glissements, les tiraillements, « les images ne représentent pas le monde, au contraire, elles le dépassent et créent une entité visuelle autonome. » Le terme Expanded du titre, emprunté au cinéma expérimental, souligne une démarche aux marges de la représentation. « L’implication d’autres médiums, installation, films, vidéos sont autant de processus réflexifs pour remettre en cause la photographie. »

« Pour nous, les travaux de l’exposition explorent les enjeux de l’humain devenu une simple fonction des images qu’il produit. » Une démarche conceptuelle, auto-réflexive prolongeant des problématiques croisées lors du master, avec une place prépondérante donnée aux artistes émergents et aux travaux croisés à Londres pendant les années d’étude. Un chassé-croisé singulier, où les problématiques de la globalisation, de la politique et des enjeux sociaux entretiennent un dialogue fascinant entre deux géographies encore étrangères l’une à l’autre. Jiatu Gu ajoute : « au centre de la galerie se trouvent des vélos dont les chaines et pédales ont été peintes couleur or. Une manière de confronter frontalement la folie de l’économie de partage, ce mélange incestueux entre capitalisme et socialisme. »

A travers les travaux exposés, Habitat Expanded explore les changements continuels de nos habitats : interactions physiques, biologiques, sociales, aux croisements de l’expérience personnelle et collective. « L’habitat est devenu problématique » comme l’indique Yinguang Guo, « dans cette époque d’incertitudes, aggravée par le scepticisme envers la politique, les tensions exacerbées par les médias et l’usage exponentiel de la technologie. » Neuf travaux d’artistes qui investissent, comme le nomme la philosophe américaine Donna Haraway, « notre époque compliquée. » Domaine publicde Dionysis Livanis pointe l’attachement pathologique à notre propre image, en déplaçant le selfie vers des espaces publics et publicitaires. Le Bleu de la distance, de Luis Li explore sa fascination pour le ciel à partir d’une investigation phénoménologique du bleu du ciel. Dans Procès Récurrent, Jiatu Gu explore la relation entre désir et pouvoir, apposant une marque couleur or sur des tirages, il imprime un même geste pictural, répétitif et envahissant. Alex Grace s’approprie de manière désopilante la taxidermie qu’il déplace du contexte des musées d’Histoire Naturelle pour l’exposer sur des grands tirages placés dans des lieux extérieurs, un glissement qui questionne la place ambiguë de l’animal. Yixiao Shao n’utilise le médium photo qu’afin de figer l’interaction présente lors de ses performances avec la fragilité d’une rencontre nouée autour d’une aiguille que l’artiste propose comme lien entre deux corps. Futurs Fossiles, d’Ana Maria, reprend le langage scientifique de la photométrie, du scanner et de l’impression 3D pour appréhender la destruction des coraux et les problématiques liés à l’anthropocène. En écho, Annagrün, une installation visuelle d’Agnès Villette, scénographie une rencontre entre spectateur et radioactivité, celle-ci invisible, souligne l’ubiquité de cette énergie dans nos sociétés contemporaines. Ici, des bris de verreries comportant des sels d’uranium s’illuminent lorsqu’ils sont exposés aux rayons ultra-violets. Cola Ren décline le glitch sonore et visuel en mettant en relation son et images, alors que Yi Yin explore les interstices et no man’s land des villes balnéaires britanniques, qui depuis leur grandeur victorienne passée déclinent tranquillement pour devenir des lieux fantomatiques. D’est en ouest, une rencontre fugace mais féconde.

Agnès Villette

Habitat Expanded
Du 17 juin au 30 juin 2017
Bluebox Gallery
Hangzhou, Chine
www.agnesvillette.com